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Le sport, une thérapie comportementale pour la schizophrénie : interview d'Yvonne DELEVOYE

Mercredi 23 Mars 2011

Le sport, une thérapie comportementale pour la schizophrénie. Redonner les facultés cognitives et physiques aux malades pour qu’ils puissent retrouver une autonomie de tous les jours. La schizophrénie est une pathologie psychiatrique, généralement chronique, qui se manifeste par une perte de contact avec la réalité. La dissociation mentale, la discordance affective et l’activité délirante sont des signes de cette psychose.

Yvonne Delevoye-Turrell, chercheuse au sein du laboratoire URECA (Unité de REcherche en sciences Cognitives et Affectives) et maître de conférences à l’Université Lille 3, travaille sur le sujet de la schizophrénie depuis 8 ans. Auteur d’une thèse en 2000 sur le thème de « la prédiction motrice en situation de collision chez les sportifs de haut niveau », elle a orienté ses recherches sur l’optimisation de la performance motrice : comment le cerveau permet-il de coordonner nos gestes en fonction d’un environnement prédictible ? Mais aussi comment une personne peut-elle anticiper ses actions pour avoir le temps de se préparer ?

« Le but de ma thèse était de comprendre le mécanisme du cerveau qui permet l’optimisation des interactions motrices. Quand nous agissons dans notre environnement, nous devons toujours interagir. Le problème de l’action motrice dépend du contexte dans lequel se trouve un individu. Il doit être capable de percevoir son environnement, décider quoi faire et arriver à planifier son action correctement. Dans l’univers du sport, ce contexte est la clé de la performance : prévoir permet de préparer un geste et de l’optimiser».

 

Dans les années 2000, la question de la prédiction a été suggérée comme mécanisme fonctionnel à l’origine des hallucinations. Cette avancée a permis à Yvonne Delevoye d’appliquer ses premiers travaux de recherche dans le domaine de la santé mentale. Aujourd’hui, elle travaille sur la problématique de la rééducation en santé mentale et plus précisément sur le modèle théorique de la schizophrénie : le rôle de la vigilance, de la concentration et de la cognition pour la planification dans une situation d’interactions motrices et sociales. Le but de ses recherches est de mieux comprendre les incohérences et les dysconnexions cérébrales d’un patient souffrant d’une pathologie mentale. Et la finalité est de proposer de nouveaux programmes innovants de rééducation pour améliorer le quotidien des malades.

En complément d’un traitement médicamenteux, il a été observé que le sport pourrait rééduquer des fonctions mentales telles que la mémoire, la prise de décision, et la concentration par exemple.
« En bougeant, nous réalisons des choses de manière inconsciente. L’objectif de mes recherches est d’observer si le sport peut rééduquer des fonctions cognitives décelées comme anormales chez les patients souffrant de maladies mentales. De plus, nous innovons dans notre manière de mener nos recherches en adaptant les exercices sportifs proposés aux compétences du sujet ».

Son projet est soutenu par la MESHS (Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société), le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), l’université Lille 3 et l’ANR (Agence Nationale de la Recherche). Les acteurs du Réseau J’Innove en Nord-Pas de Calais lui ont permis de démarrer rapidement le projet dès 2009, grâce à un premier financement de recherche dans le cadre du Fonds Régional Innovation (OSEO / Région Nord – Pas de Calais).

Ce financement permet aujourd’hui à Yvonne Delevoye, et son groupe de recherche composé de 3 doctorants et d’une neuropsychologue clinique, de mettre en place et de tester la validité d’un programme de remédiation par le sport dans plusieurs cliniques psychiatriques en Europe, afin de révéler les bénéfices sur l’autonomie d’ici 1 ou 2 ans.

 

Contact :

YVONNE DELEVOYE - TURRELL
ENSEIGNANTE-CHERCHEUSE AU LABORATOIRE URECA (Unité de REcherche en sciences Cognitives et Affectives), UNIVERSITE LILLE 3

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